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René SERVOISE

Préface. Ville de Paris. Catalogue "Paris au temps de Stendhal" - Exposition - 1983.

 

DES SEJOURS PARISIENS D'HENRI BEYLE AU PARIS DE STENDHAL

 

Le Paris des romans de Stendhal et le Paris des essais autobiographiques d'Henri Beyle ne se recoupent pas. Il y a un Paris, vécu par Henri Beyle (il y passe quelques dix-sept ans, soit le tiers de sa vie). Il y a un autre Paris, imaginé par Stendhal (trois romans en traitent). Ce sont deux mondes. Il y a la société bourgeoise, montante et libérale, fréquentée par Henri Beyle à partir de 1802. Elle est évoquée dans la Vie d'Henry Brulard, son Journal et Souvenirs d'Egotisme. Il y a celle des salons de la noblesse et de la haute bourgeoisie, celle du Faubourg St-Germain, recréée par l'écrivain dans Armance, Le Rouge et le Noir et Lucien Leuwen. 

La rive droite est décrite par Beyle; la rive gauche, " racontée " par Stendhal. Beyle passa d'ailleurs par Paris, plus qu'il n'y vécut (les deux autres tiers de sa vie se partagent également entre Grenoble et l'étranger, principalement l'Italie). Certes, la " liaison " avec Paris est longue, beaucoup plus longue qu'avec n'importe quelle ville d'Italie, Milan, Rome ou Florence, mais liaison intermittente (les infidélités sont nombreuses) et fractionnée en une trentaine de séjours. Le plus important, celui de 1821 à 1830, il l'évoque sous le titre significatif " le voyage à Paris ". H. Beyle, provincial, solitaire, marginal, voyageur jamais installé, a vécu dans des logements, des meublés, des chambres d'hôtel - il en a été décompté plus de trente à Paris (*).

 

LES SEJOURS PARISIENS D'HENRI BEYLE: DE LA RIVE GAUCHE A LA RIVE DROITE.

Le premier Paris d'Henri Beyle, c'est celui découvert à seize ans et demi par ce jeune provincial, exécrant sa ville natale, Grenoble, et fasciné par la capitale dont l'image supposée remplissait son imagination depuis les premiers jours de son enfance comme il le fait dire à Fabrice Del Dongo. La chute est brutale. C'est la désillusion, personne ne l'attend. " Paris, n'est-ce que ça ? " s'exclame-t-il. Il prend les " affectations parisiennes " en horreur. Il se sent inférieur et gauche dans une société qu'il juge triste et maussade. C'est " une irréussite ". Les premiers et seuls amis ? Ce sont les arbres, ces tilleuls de l'esplanade des Invalides et de l'Hôtel de Castries. Certes, ces impressions de tout jeune homme vont se modifier, mais laissent chez Beyle (et chez l'écrivain Stendhal) une trace indélébile, et ses jugements sur les jeunes Parisiens de la bonne société, " étiolés par la politesse et la trop bonne éducation ", sont définitifs.

Puis, vient un second Paris en 1802, lorsqu'après avoir démissionné de l'armée d'Italie, il s'installe dans la capitale et, à vingt et un ans, caresse l'espérance de devenir quelqu'un. Il attend un héritage, roule en voiture, possède même un petit appartement rue Cambon, fréquente le théâtre (et les demi-actrices). Le voici à la Bibliothèque Nationale et dans le Jardin des Tuileries, dans les restaurants à la mode. Il a des amis, une maîtresse : " Je ne puis trouver de ces plaisirs vifs et divers qu'à Paris " confie-t-il à son Journal (12 août 1804).

Mais le séjour le plus important, c'est après " la grande phrase musicale de Dominique" après l'échec de son amour pour Métilde Demboswki à Milan, ce qu'il appelle LE VOYAGE A PARIS (1821-1830). Ce n'est plus un jeune homme. Il a trente huit ans, il rentre " dans un Paris que je trouve pire que laid " et "' perdu sous les grands marronniers des Tuileries, si majestueux à cette époque de l'année ", rêve à Métilde, comme le duc de Nemours, sous une allée de saules, songe à la Princesse de Clèves et à son impossible amour. Il rêve, mais il vit. Installé rue de Richelieu, il se rend régulièrement aux soirées franco-italiennes de Mme Pasta la cantatrice. C'est la vie des salons bourgeois, ceux de Cuvier, de Madame Ancelot, de Destutt de Tracy, le philosophe, d'Etienne Delecluze, l'écrivain. Son premier roman " Armance " porte ce sous-titre : "quelques scènes d'un salon de Paris en 1827".

Comme tout Parisien, il a son village, son domaine préféré, c'est le quadrilatère défini par l'Opéra, la Bourse, le Théâtre Français, le Jardin des Tuileries. C'est le centre des affaires, des plaisirs et de la mode; y règnent les valeurs de la bourgeoisie, le travail, l'intelligence et l'argent. Cette nouvelle classe soutient le trône de Louis-Philippe - non sans esprit frondeur - et suit le conseil de Guizot : " Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne ". Le milieu est plutôt libéral, Beyle s'y plaît. " Paris est un " séjour divin ". Ce monde est limité, plus restreint que celui de Balzac à qui Beyle reproche de " ne pas habiter en pays chrétien " ; plus étroit que ceux de Hugo et de Michelet, il ignore les quartiers ouvriers et populaires, et est dépourvu de préoccupations sociales. La révolution de 1830 est une révélation pour Beyle: " Je me moquais du courage des Parisiens et de la résistance que j'attendais d'eux. Aujourd'hui, j'estime Paris. J'avoue que pour le courage, il doit être placé au premier rang, comme pour la cuisine, comme pour l'esprit ". (Souvenirs d'Egotisme).

C'est dans ce quartier, dans des chambres modestes de ce Paris bruyant, que l'inspiration créatrice vient le visiter, 10 rue Richepanse où il écrit Armance, 1826 ; 63 rue de Richelieu, où il compose Le Rouge et le Noir, 1830 ; enfin, 8 rue Caumartin, où, en cinquante deux jours il dicte la Chartreuse de Parme, 1838. Mais la société parisienne, dépeinte par Stendhal dans ses romans, n'est pas celle qu'Henri Beyle fréquente au cours de ses séjours parisiens. Le Paris du romancier Stendhal est autre, c'est le noble quartier du Faubourg Saint Germain, avec au centre sa Bastille: l'Hôtel de La Mole (l'Hôtel de Castries, 72 rue de Varenne).

 

LE PARIS DE STENDHAL: LES SALONS

Le défi que Balzac lance à Paris, par personnage interposé, " A nous deux maintenant ", et que reprennent Hugo et Zola, jamais l'écrivain Stendhal ne le prononce. Paris ne l'intéresse pas comme ville, ni sa physiologie de monstrueux animal, ni sa psychologie de monde de la facilité et de la grâce. L'argent ? Une simple utilité. Il n'y joue pas le rôle essentiel et sordide, celui que Balzac impitoyablement décèle. Les héros de Stendhal respirent librement dans ce Paris. Ils sont tout à leur passion ou à leur insouciance. Chez Balzac existe tout un arrière-plan d'ombre, et sous la société, un monde souterrain. Le Paris des romans de Stendhal appartient encore au siècle des lumières. Il prolonge le XVIIIe siècle par l'esprit, la légèreté et par l'importance des salons, qui font et défont les carrières. Là, se jouent les jeux de l'amour et de l'ambition sur des " mots " brillants.

Si la porte secrète de la bibliothèque de l'Hôtel de La Mole " fort bien cachée avec des dos de livres " s'ouvre, c'est pour laisser passer une apparition rafraîchissante, une jeune fille " en papillottes ", Mathilde. Chez Balzac, lorsque les portes secrètes s'entrouvent, c'est pour laisser passage à une créature de l'ombre, Asie, venant accomplir les basses oeuvres de Vautrin, échappé du bagne de Toulon. Chez Hugo, les portes dérobées conduisent Jean Valjean aux égouts de Paris. Le Paris de Stendhal, c'est encore dans notre littérature, un Paris de la surface, du jour, des lumières, et d'une certaine allégresse de vie. C'est celui de la jeunesse de coeur et celui de jeunes gens: Lucien, qui prétend faire de la politique et garder ses gants blancs; Octave, et Mathilde, deux exceptions dans leur caste ; Julien, un plébéien en transfert de classe, un provincial devenant un parisien.

Stendhal - romancier de l'énergie et professeur d'énergétique - aura ainsi été le premier à observer la montée des jeunes provinciaux vers Paris " Tout ce qui a un peu d'énergie à Paris est né en province et en débarque à dix-sept ans". Il y a une endosmose comprise et vécue. La découverte de la circulation du sang dans le système français, nous le devons à Harvey- Stendhal. Balzac va le magnifier et l'exalter dans ses " scènes de la vie de province et de la vie parisienne ", mais Julien Sorel est bien le premier. Il ouvre la voie. Rastignac et Rubempré sont ses cadets d'au moins quinze ans. 

Et c'est ici que Beyle et Stendhal se rejoignent. Entre ce tout jeune homme, conduit par sa famille à la malle-poste qui va l'emporter vers Paris, entre Henri Beyle, appelé par ses dons mais non accueilli par la société, et l'écrivain Stendhal qui, trente ans après, va revivre son aventure à travers Julien Sorel, il y a davantage qu'une complicité. La solitude du provincial à Paris, (" Vous êtes toujours un étranger à Paris "'), les petites humiliations et les grandes espérances, Henri Beyle les a vécues, et Stendhal les a transposées sur un registre supérieur. Dans cette description de la rencontre entre la Province et Paris, nul ne l'a égalé.

RENE SERVOISE

(*) Voir l'étude exhaustive de - Stendhal et Paris - par Georges Dethan dans " Première journée du Stendhal Club " - 1965.

 

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