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L'écrivain dans sa maison

Yves Jocteur-Montrozier,conservateur du fonds et du Musée Stendhal,fait partie d'une commission chargée par le ministre de la Culture de réfléchir sur l'avenir des "maisons d'écrivains". Tout un domaine à découvrir

Lorsque, du haut de la tour de Montaigne, le regard se perd dans la vallée de la Lidoire dont le paysage n'a pas changé depuis l'époque où l'auteur des "Essais"laissait lui-même le sien errer sur ces collines, on est saisi par un sentiment étrange, comme la sensation d'une émotion commune qui traverse le temps. D'autres fois, le regard se tourne vers l'intérieur de la maison, et c'est la robe de chambre de Balzac, là sur sa chaise,c'est l'école du Grand Meaulnes où l'on croit entendre les "gamins saboter", c'est la table toujours dressée par George Sand. Bien sûr, lorsque l'on quitte Castillon, Passy, Epineuil ou Nohant, l'on n'en connaît pas plus sur les "Essais", le "Père Goriot", le "Grand Meaulnes", ou sur "Les maîtres sonneurs", mais l'on a une connaissance plus affinée de l'auteur, et quand on lira ou relira l'oeuvre, on ira peut-être plus loin.

Que ce soit Proust à llliers-Combray, Victor Hugo à Guernesey, Colette à Saint-Sauveur en Puisaye, Mauriac à Malagar, un écrivain est toujours lié à un lieu. Aussi les maisons d'écrivains deviennent-elles à la mode. Du fait de la crise, on constate un repli identitaire des gens qui se cristallise sur le passé de sa région. La maison de l'écrivain devient alors symbole, témoignage et mémoire. De plus, elle offre une intimité qu'on ne peut trouver dans les grands musées. Cet intérêt pour ce genre de tourisme culturel est remonté jusqu'au ministre de la Culture qui a demandé un rapport pour que réflexions et propositions lui soient faites en vue de mieux gérer ces lieux de mémoire, de les restaurer, de leur redonner tout leur prestige.

A la recherche d'un statut

Ce qui rend la chose complexe, explique Y. Jocteur-Montrozier, c'est la grande diversité des cas. Cela va de la grande maison d'écrivain honnêtement subventionnée par l' Etat et les collectivités locales, jusqu'à la modeste maison à peine visitée et tenue à bout de bras par des amateurs. La disparité vient aussi de ce que ces maisons peuvent appartenir à des particuliers, à des associations, des communes, des départements qui en assurent inégalement la gestion. Il y a là tout un patrimoine culturel disparate, ce qui n'est pas sans poser parfois des problèmes insolubles: par exemple, que deviennent les objets, le mobilier et le fonds littéraire de ces maisons d'écrivains lorsqu'elles se trouvent entre les mains d'associations qui disparaissent ? D'autre part, cette hétérogénéité se double de déontologies très diverses: depuis la volonté de laisser les murs nus et les pièces vides jusqu'à reconstituer à tour de bras et quelquefois à tort et à travers.

Les principales difficultés que représentent la gestion et la conservation de ces lieux de mémoire sont essentiellement cinq: un vide budgétaire; un manque d'outils d'identification, (pas de listes renseignées, pas de banques de données); une très faible professionnalisation, (de nombreux bénévoles sans aucune qualification côtoient de rares conservateurs); un manque de visibilité, (lieux discrets, à l'écart, souvent inconnus); un manque d'interlocuteurs identifiés (à quel niveau intervenir ?). Pour résoudre ces difficultés, il faudrait créer une instance du genre mission nationale du patrimoine littéraire; il faudrait aussi clarifier les responsabilités régionales; définir les procédures et les critères d'aides, (restauration, acquisitions); faire aussi un état des lieux et envisager une meilleure coordination. C'est ainsi que l'idée d'une fédération des maisons d'écrivains fait son chemin.

Les maisons de Stendhal

Stendhal lui-même était sensible aux lieux de mémoire. Yves Jocteur-Montrozier raconte que Stendhal visita la Brède avec émotion et qu'il nota la pierre de cheminée usée par la pantoufle de Montesquieu. "J'ai été saisi d'un respect d'enfant" écrit il. Victor Del Litto précise que Stendhal, n'ayant pas eu de descendance, a bradé le patrimoine familial qu'il n'a jamais été tenté de reconstituer. "Toute sa vie, il vécut dans un dépouillement complet si bien que vouloir lui donner à tout prix un logis aujourd'hui relève de la prouesse et du paradoxe". Ayant toujours vécu dans des chambres meublées, les objets laissés par Stendhal sont rares. Comme pour la maison de Balzac, on pourrait envisager une "pièce sanctuaire" rassemblant le peu qu'on a de lui.

En 1983, la ville de Grenoble a récupéré la moitié de l'appartement Gagnon, le grand-père de Stendhal, 20 Grande- Rue, avec la treille. En 1996, elle récupère 1'appartement natal de l'écrivain, 14 Jean-Jacques Rousseau. Où en sont les projets ? On envisage de transférer le musée Stendhal dans l'appartement Gagnon et d'en faire un lieu de mémoire en récréant une atmosphère stendhalienne dans une ou deux pièces, le reste étant réservé au musée et à des animations littéraires autour de Stendhal. Peut-être pourrait-on alors faire de l'appartement natal un lieu d'expositions et un centre de recherches. Un ensemble de projets au coeur des préoccupations de Yves Jocteur-Montrozier, de Victor del Litto, de la municipalité et de l'association pour la création de la Fondation Stendhal.

Roland LE MOLLÉ

 

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